La justice interdit Telegram en Russie

Un tribunal de Moscou a ordonné l’interdiction du service de messagerie instantanée Telegram, l’un des plus populaires et des plus confidentiels au monde, sur le territoire russe. Ses fondateurs, Nikolai et Pavel Durov, deux frères russes, ont refusé de donner aux services secrets russes les codes de cryptage qui leur permettraient d’accéder aux messages des clients.

“Une fois de plus que la justice ne sert que les intérêts du pouvoir”

Dès que la décision de la juge Yulia Smolina a été connue, Roskomnadzor, le régulateur russe des communications, a annoncé que la décision serait appliquée à partir du lundi 16 avril. L’audience s’est déroulée sans la présence physique des représentants de Telegram, qui avaient qualifié la procédure de “farce”. Selon l’avocat du service de messagerie accusé, Pavel Tchikov, la décision du tribunal montre “une fois de plus que la justice ne sert que les intérêts du pouvoir”.

Amnesty International, quant à elle, a critiqué “la nouvelle attaque du gouvernement russe contre la liberté d’expression sur Internet”. Le réseau social LinkednIn reste également bloqué en Russie depuis 2016 en raison du refus des responsables du stockage des données en Russie.  

Les créateurs de Telegram, qui ne résident plus en Russie depuis 2014 en raison de la pression exercée par les forces de sécurité sur l’utilisation par des groupes d’opposition d’un autre des réseaux sociaux qu’ils ont créés – VKontakte, une sorte de Facebook très populaire en Russie et dans les anciens pays soviétiques – se préparent à combattre l’interdiction russe, et pas seulement devant les tribunaux. Sur sa chaîne Telegram, Pavel Durov a écrit : “La confidentialité n’est pas à vendre, et les droits de l’homme ne doivent pas être menacés par la peur ou la cupidité”.

M. Durov a demandé de ne pas désinstaller l’application, car sa société a l’intention de mettre au point des méthodes permettant de contourner le veto du tribunal sans nécessiter l’intervention de l’utilisateur. “Nous allons recourir à des méthodes intégrées qui ne nécessitent aucune action de la part des clients pour contourner les blocages”, a expliqué le créateur de Telegram.   

Réaction du Kremlin

Le porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov, a souligné qu’il ne s’agissait en aucun cas d’une opération contre Telegram. “Il existe des dispositions législatives qui exigent de fournir un certain nombre de détails ; malheureusement, aucun consensus n’a été trouvé”, a-t-il justifié.

Le gouvernement russe, comme ceux d’autres pays, fait valoir que la confidentialité de Telegram permet aux groupes extrémistes d’échanger des informations sans possibilité d’être surveillés par les forces de sécurité, ce qui leur donne un grand avantage. Cependant, Telegram est l’un des moyens de communication préférés de l’opposition russe, en particulier du blogueur Aleksei Navalny et de ses partisans, notamment lors des récentes manifestations massives et non autorisées contre la corruption.